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40 ans après la mort du ministre Robert Boulin, le long combat de sa fille pour la vérité

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"La vie d'un homme ne pèse pas face à l'ambition du pouvoir"

Pour tenter de trouver un sens à cette histoire, il faut se remémorer le contexte politique de la fin des années 1970, mélange des séries Baron noir et House of Cards. Dans ces années-là, la droite se déchire. Le RPR (Rassemblement pour la République) de Jacques Chirac mène une guerre ouverte au gouvernement de Raymond Barre et à l'UDF (Union pour la démocratie française) de Valéry Giscard d'Estaing. Les appétits présidentiels du maire de Paris ne sont pas étrangers à ce conflit. Les ministres RPR, dont Robert Boulin fait partie, deviennent alors un enjeu stratégique. VGE envisage même de faire du maire de Libourne son prochain Premier ministre.

Giscard avait eu le nez de sentir que s'il plaçait Boulin à Matignon, il coupait l'herbe sous le pied de Chirac.

Eric Burgeat, gendre et collaborateur de Robert Boulin, à franceinfo
Dans ce contexte, l'affaire de Ramatuelle arrive sur le bureau des rédactions parisiennes. Trois articles sortent dans Minute, Le Canard enchaîné et Le Monde. Il est reproché au ministre d'avoir acheté en 1974 un terrain dans le Var à un escroc, Henri Tournet, alors même qu'une parcelle de ce terrain avait déjà été vendu à des promoteurs normands. "J'ai acheté en 1974 un terrain dans la presqu'île de Ramatuelle par acte authentique devant notaire… et puis mon affaire est terminée", assure Robert Boulin devant le club de la presse d'Europe 1, le 21 octobre 1979, peu avant sa mort. Le ministre a beau se défendre, le poison du soupçon se répand.

Aujourd'hui encore, Fabienne Boulin Burgeat est persuadée que cette affaire a été instrumentalisée par certains cadres du RPR. Bernard Pons, à l'époque secrétaire général du parti, confirme que les coups venaient de partout : "Toutes les turpitudes qu'il a rencontrées, cela venait autant de ses ennemis politiques que de ses amis. J'en ai été témoin." Pour ce dernier, Robert Boulin a été tué. Selon sa fille, le ministre du Travail se serait mis en danger lors de son interview sur Europe 1, avec une phrase qui aurait pu être interprétée comme un avertissement. "J'ai l'âme et la conscience tranquille et j'ai été exemplaire. Et peut-être plus que vous ne le pensez, parce qu'il y a des choses que je ne peux pas dire ici."

"Il est mort à cause de cette menace", estime aussi la secrétaire de Robert Boulin dans "Envoyé spécial". "Mon père disait à ma mère : 'Ce sont des assassins, ils nous tueront tous. Cette histoire finira mal.' Mais il ne voulait pas se laisser faire", se souvient Fabienne Boulin Burgeat. Selon elle, son père aurait pu révéler des affaires gênantes, notamment sur le financement des partis politiques. Le jour de sa disparition, l'ancien résistant aurait sorti des dossiers du coffre-fort de son bureau, rappelle sa fille. Son frère Bertrand affirmera, en 1984, avoir vu les noms de certaines de ces chemises confidentielles : "Groupe Dassault Fonds publics alloués ; Elf Aquitaine Transactions ; Sécurité sociale Détournements ; Arabie saoudite Avions et dons."

Il savait qu'il avait en face des gens sans scrupule et que la vie d'un homme ne pèse pas face à l'ambition du pouvoir.

La fille du ministre raconte également les avertissements reçus par son père par plusieurs "amis". Jacques Douté, un ami restaurateur, affirme avoir entendu le ministre de la Justice de l'époque, Alain Peyrefitte, conseiller à son collègue : "Reste tranquille, retire tes projets, parce que 'le grand' est prêt à tout." Jacques Douté assure également à Rue89 avoir reçu une confidence inquiétante de son ami trois jours avant sa mort : "Le RPR et le SAC [Service d'action civique] ont reçu des ordres pour m'assassiner." Ce témoignage va dans le sens de celui de l'ancien ministre Jean Charbonnel qui assure, sur France Inter, que, selon lui, l'affaire Boulin est "un règlement de comptes politique". Il affirme avoir recueilli les confidences d'un des fondateurs du SAC, Alexandre Sanguinetti, concernant les deux commanditaires de l'assassinat. Les noms de ces derniers ont été remis à la justice par la femme de Jean Charbonnel, après la mort de son mari.

Le SAC, police parallèle du mouvement gaulliste, n'est pas réputé à l'époque pour sa finesse. L'association est d'ailleurs dissoute après la tuerie d'Auriol en 1981, lors de laquelle six personnes d'une même famille sont assassinées par sa section locale de Marseille. C'est d'ailleurs un ancien barbouze du SAC qui livrera le témoignage le plus troublant sur l'affaire Boulin en 1988. Hermann Stromberg assure à L'Humanité avoir vu le ministre s'enfoncer avec des hommes dans un sous-bois de la forêt de Rambouillet pour négocier un dossier. "Ne le voyant pas revenir, nous sommes allés à sa rencontre. Il gisait, mort, au pied d'un talus."

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